Le séparateur d'amalgame est un de ces équipements discrets, cachés dans le local technique, mais dont la réglementation est stricte. Et la donne a changé : depuis 2025, l'amalgame mercuriel est interdit — sans pour autant rendre le séparateur inutile, bien au contraire. Voici le point clair sur ce que dit la réglementation française en 2026, entre obligation de l'appareil, performance exigée et gestion des déchets.
Note : cet article est une synthèse informative et ne remplace pas les textes officiels. Pour le détail applicable à votre situation, référez-vous aux sources de référence (Ordre national des chirurgiens-dentistes, ARS, réglementation déchets) et aux textes européens et nationaux en vigueur.
Le séparateur d'amalgame, c'est quoi ?
L'amalgame dentaire contient du mercure, un métal lourd toxique pour l'environnement. Le séparateur est un dispositif placé sur le circuit d'aspiration de l'unit : il récupère les particules d'amalgame présentes dans les effluents liquides avant qu'ils ne partent vers le réseau d'eaux usées. Concrètement, sans séparateur, les résidus de mercure issus de la dépose ou de la pose d'amalgames finiraient dans l'assainissement — ce que la réglementation interdit formellement. C'est donc un maillon essentiel de la gestion environnementale du cabinet. Techniquement, l'appareil sépare les particules d'amalgame de l'eau par sédimentation ou centrifugation, puis les piège dans un collecteur amovible que l'on remplace périodiquement : c'est ce collecteur, une fois plein, qui devient un déchet à traiter via une filière dédiée.
Une obligation ancienne, toujours d'actualité
L'obligation n'est pas nouvelle : en France, l'arrêté du 30 mars 1998 impose déjà que les effluents contenant des résidus d'amalgame ne soient évacués qu'après passage dans un séparateur. Le cadre européen sur le mercure (règlement de 2017) a renforcé et harmonisé cette exigence à l'échelle de l'UE. Autrement dit, tout cabinet qui dépose ou manipule de l'amalgame doit être équipé d'un séparateur conforme — et cette règle n'a pas disparu avec l'interdiction de l'amalgame.
L'interdiction de l'amalgame depuis 2025
C'est le grand changement : depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, l'utilisation des amalgames mercuriels est interdite dans le cadre du règlement européen sur le mercure. Une dérogation subsiste toutefois jusqu'au 31 décembre 2029 : le praticien peut encore recourir à l'amalgame s'il le juge strictement nécessaire au regard des besoins médicaux spécifiques du patient. Cette évolution s'inscrit dans une logique de réduction du mercure, déjà engagée plus tôt avec des restrictions d'usage chez les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes.
Quelles alternatives à l'amalgame ?
L'interdiction ne laisse pas les praticiens démunis : les matériaux de restauration ont beaucoup progressé. Les composites (résines photopolymérisables) sont aujourd'hui le standard pour la grande majorité des obturations, avec une esthétique supérieure et une mise en œuvre bien maîtrisée. Les ciments verre-ionomère (CVI) conservent leur intérêt sur certaines indications, notamment chez l'enfant ou en technique temporaire. Le passage au « sans mercure » modifie surtout les habitudes cliniques et, parfois, le plateau technique (lampe à photopolymériser performante, aides à l'isolation). Mais il ne change rien à l'obligation du séparateur tant qu'on est amené à déposer de l'amalgame ancien. Pour le cabinet, l'enjeu est double : adopter pleinement les alternatives, et continuer à gérer proprement le mercure résiduel encore présent dans de nombreuses bouches.
Pourquoi le séparateur reste indispensable
On pourrait croire qu'interdiction de l'amalgame rime avec fin du séparateur. C'est faux, pour deux raisons simples. D'abord, la dépose d'anciennes obturations en amalgame — encore très présentes en bouche — continue de générer des résidus mercuriels pour des années. Ensuite, la dérogation jusqu'à fin 2029 autorise encore certains usages. Tant qu'un cabinet est susceptible de déposer ou de manipuler de l'amalgame, le séparateur reste obligatoire, au même titre que la traçabilité et les autres obligations d'hygiène et de sécurité du cabinet.
La barre des 95 % de rétention
Côté performance, l'exigence est chiffrée : le séparateur doit retenir au moins 95 % en poids de l'amalgame contenu dans les eaux usées, et ce quelles que soient les conditions de débit. La norme de référence pour ces dispositifs est l'ISO 11143. Lors d'un achat — neuf ou reconditionné — c'est l'un des points à vérifier, avec l'état de l'appareil et son bon raccordement sur le circuit d'aspiration, sujet voisin de notre article sur les compresseurs et l'aspiration.
La gestion des déchets d'amalgame
Récupérer l'amalgame ne suffit pas : encore faut-il l'éliminer correctement. Les déchets d'amalgame — collecteur du séparateur, capsules, dents porteuses d'amalgame, résidus — sont des déchets dangereux. Ils doivent être conditionnés dans des contenants adaptés et confiés à un prestataire de collecte agréé, avec une traçabilité (bordereau de suivi). Cette filière reste pleinement en vigueur après 2025, indépendamment de l'interdiction d'usage de l'amalgame. C'est un volet à ne pas négliger : la responsabilité du praticien y est directement engagée.
Entretien et remplacement
Comme tout équipement du circuit d'aspiration, le séparateur demande un suivi : le collecteur se remplit et doit être remplacé selon les préconisations du fabricant (souvent à un seuil de remplissage donné), et l'appareil s'intègre dans la maintenance globale de l'unit. Un séparateur saturé ou mal entretenu perd en efficacité : le respect des intervalles de remplacement fait partie intégrante de la conformité. Là encore, anticiper coûte moins cher que régulariser dans l'urgence. Le plus simple est de noter le remplacement du collecteur dans le carnet d'entretien du cabinet, au même titre que les autres opérations de maintenance, pour garder une trace claire et ne jamais dépasser le seuil.
À retenir
En résumé, malgré l'interdiction de l'amalgame, un cabinet reste tenu de plusieurs obligations tant qu'il manipule ou dépose ce matériau :
- un séparateur d'amalgame conforme, retenant au moins 95 % des résidus (référence ISO 11143) ;
- la prise en compte de l'interdiction d'usage depuis 2025, avec une dérogation possible jusqu'à fin 2029 ;
- une filière déchets dangereux avec prestataire agréé et traçabilité (bordereau de suivi) ;
- un entretien régulier et le remplacement du collecteur aux intervalles préconisés.
Rien d'insurmontable, mais des points sur lesquels la conformité se vérifie — et où la responsabilité du praticien est engagée.
Questions fréquentes
Le séparateur d'amalgame est-il toujours obligatoire en 2026 ?
Oui. Même si l'usage de l'amalgame est désormais interdit, le séparateur reste obligatoire : la dépose d'anciennes obturations en amalgame génère encore des résidus mercuriels qui ne doivent pas partir aux eaux usées, et une dérogation encadrée autorise encore l'amalgame dans certains cas jusqu'à fin 2029. Tout cabinet qui dépose ou manipule de l'amalgame doit rester équipé d'un séparateur conforme.
Quel niveau de performance doit avoir un séparateur d'amalgame ?
Le séparateur doit retenir au moins 95 % en poids de l'amalgame contenu dans les eaux usées, quelles que soient les conditions de débit. La norme de référence pour ces dispositifs est l'ISO 11143. C'est ce taux de rétention qui garantit que les résidus mercuriels ne sont pas rejetés dans le réseau d'assainissement.
L'amalgame dentaire est-il interdit ?
Oui, depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, l'utilisation des amalgames mercuriels est interdite dans le cadre du règlement européen sur le mercure. Une dérogation existe toutefois jusqu'au 31 décembre 2029 : le praticien peut encore y recourir s'il le juge strictement nécessaire en raison de besoins médicaux spécifiques du patient. Cette restriction ne supprime pas les obligations liées aux déchets d'amalgame.
Comment éliminer les déchets d'amalgame ?
Les déchets d'amalgame sont des déchets dangereux : collecteur du séparateur, capsules, dents avec amalgame et résidus doivent être conditionnés dans des contenants adaptés et confiés à un prestataire de collecte agréé, avec une traçabilité (bordereau de suivi). Cette filière reste obligatoire après 2025, indépendamment de l'interdiction d'usage de l'amalgame.